Les Métamorphé.es, c'était une manière pour nous de mettre en valeur le patrimoine à travers l'art contemporain. Je pense que ça vient de nos expériences respectives.
J'ai travaillé dans des lieux particuliers, investis d'objets patrimoniaux : à côté des expositions ou des pièces d'art contemporain que je proposais, il y avait des musées, comme à l'Institut du monde arabe, ou des pièces patrimoniales. Et je pense que quand on propose un travail, il faut s'adapter au lieu, à ce qui est proposé autour, s'adapter aussi à l'actualité. Et finalement, notre idée, c'était de se dire : comment valoriser ce patrimoine, comment le mettre en avant, comment être à son service ? Et ça, à travers nos expériences respectives, notre rapport à l'art contemporain. Il fallait une expression artistique contemporaine pour créer, et faire parler ces œuvres, ces pièces du patrimoine.
Il y a un équilibre entre notre expression à nous, notre manière de voir les choses, ce qu'on a envie d'installer, et ce patrimoine qui est là, qui nous parle. Forcément, on est obligé de l'interpréter, et de le respecter profondément, parce que ce sont des pièces rares, des témoignages des humains que nous sommes. C'est notre héritage.
Et dans le projet, il y a aussi cet équilibre de la collaboration, du collectif. C'est d'abord un travail à trois, mais aussi avec d'autres collaborations. Un vrai échange avec les conservateurs et conservatrices, les historiens et historiennes, les autrices et auteurs, toutes les personnes qui gravitent autour de ce patrimoine viennent collaborer avec nous. On s'en imprègne, et on crée ensemble tout un univers à travers notre interprétation contemporaine, par la photographie, par la vidéo.
Il y a aussi la démarche : une immersion dans le lieu, on s'imprègne des pièces, on échange ensemble et avec elles. Et tout ça nous permet de dire : avec ce projet, on va créer des histoires, à travers une collection qui peut valoriser une ou plusieurs pièces, avec des installations, de la projection, de la photographie. Tout un univers se crée, qui nous permet de retransmettre ce qu'on a absorbé de ce patrimoine à travers une création contemporaine.
Je crois qu'on joue un rôle d'écho : on vient donner de la force à quelque chose qui existe déjà, qui est déjà remarquable, déjà conservé, dont on prend déjà soin. On est des espèces de caisses de résonance.
À chaque fois, on répétait qu'on redonnait la parole aux objets. Ces objets, ces héritages dont on s'occupe, parlent déjà, mais nous, on leur donne un autre son, un son qu'on espère plus accessible, plus intéressant. On recrée des histoires sur les histoires. Parler de parcours, de collection, de série et de médiation, c'est important pour nous. Le rapport au public, à travers les expériences qu'on avait développées, a toujours été en jeu, dès le début du projet.